Editos - Emploi. Dynamique de l'action

OFFRE ET DEMANDE D’EMPLOI. 1-LE BESOIN DE RÉGULATION

Le monde ne sait pas où il va. Il y va au galop.

Personne n’avait prévu qu’en trente ans l’informatique allait déferler, pénétrer tous les secteurs d’activité, féconder toutes les sciences et techniques, mettre à bas les habitudes, révolutionner le marché de l’emploi.

Nulle régulation spontanée de peut adapter l’offre et la demande. Tout bien considéré, on peut s’étonner que ne soient pas plus grands encore les désordres qui mettent l’humanité à l’épreuve.

Les écarts des trains de vie se sont accrus entre les hommes. Avec l’information, fumeurs de havanes et suceurs de grands crus côtoient les malheureux qui n’ont ni bois à brûler ni eau à boire.

Selon que nous sommes puissants ou misérables nous sommes enclins à penser que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ou que tout est à reconstruire et donc d’abord à déconstruire ou à détruire.

Il serait suicidaire de ne rien changer. Il est vain de vouloir refaire le monde sans ménager les phases transitoires nécessaires pour continuer à vivre tous les jours.

Pourtant, les bonnes âmes et les beaux parleurs nous abreuvent de solutions aussi irréalistes que contradictoires pour « donner » à chacun des moyens d’existence.

C’est une faute contre l’esprit, contre la matière, contre le temps, de partager l’humanité entre ceux qui seraient investis du pouvoir d’octroyer et ceux qui n’auraient d’autre fonction que de recevoir.

Les divergences des sociétés humaines sont inéluctables. Rien ne pourrait les contenir sans que les élites renoncent à leur prétention de vouloir tout régenter et sans que le citoyen ordinaire prenne en charge son destin.

Ce n’est pas une évidence pour les gouvernants mais nous vivons dans un monde ingouvernable. Les domaines du travail et de l’emploi sont soumis à l’économie à laquelle s’imposent des contraintes nombreuses, évolutives et tellement imbriquées que nul ne peut la réguler ni en assurer la cohérence.

L’enseignement évolue selon ses propres règles en fonction de l’idée qu’enseignants et enseignés se font du monde économique auxquels ils sont étrangers.

Le conformisme et la grégarité sont les principaux agents de l’orientation. On choisit ses études et son métier plus en fonction de leur intérêt supposé qu’en fonction de leurs perspectives. Vouloir un emploi plaisant et bien rémunéré est certes légitime. Mais l’évolution du niveau général d’instruction diminue la probabilité pour chaque candidat de se « caser » à un niveau correspondant à ses attentes. Il s’agit moins désormais de se plaire au travail que de produire des objets ou des services susceptibles de plaire à des employeurs ou à des clients solvables.

Le couplage des cursus de formation avec leur aval professionnel ne peut-être qu’un processus complexe de concertation. Il s’agit de développer à court et à long terme, des liens fonctionnels entre niveaux du savoir en tous domaines d’activité.

Le réalisme et l’efficacité appellent une régulation de l’ensemble du système du marché du travail qui fonctionne trop en « boucle ouverte ».

Mettre au singulier les mots « système » et « régulation » est réducteur et laisse croire aux jacobins que le système et sa régulation ne peuvent être qu’institutionnels. La régulation doit être plurielle et se manifester à tous les niveaux et à tous les temps des organisations et sous-systèmes sociaux. (Éducatifs, professionnels, associatifs, familiaux afin de n’exclure personne des apports ni des charges de l’organisation sociale.)

Là comme en bien d’autres domaines, il ne faut pas se voiler la face ni sous estimer l’ampleur du problème. L’avenir est le fruit « du hasard et de la nécessité ». Il se présente rarement où ni comme on l’attend.

À travers l’éternité le dieu Chronos continue à dévorer ses enfants. Il est donc vain de vouloir donner du temps au temps. Le grand défi est de lui en arracher.

La régulation n’est pas qu’un problème de répartition. Elle commence par la création.

Pierre Auguste
Le 28 mai 2014