Editos - Réforme

STRUCTURES ET CRÉATION D’EMPLOI
2-LES TRÈS GRANDES ENTREPRISES.

Qui ne connaît la célèbre question que posa Staline en 1935 au moment de la montée du péril Nazi : « Le Pape, combien de divisions ? » Chacun sait que la force mit fin à la barbarie hitlérienne. Le bolchevisme n’a pu se maintenir par la puissance militaire et doit sa chute aux forces combinées de l’esprit et de la matérialité.

Le monde est encore dangereux. Il est soumis à ces mêmes forces et à des formes de menaces, diverses, indissociables, coûteuses, géographiquement dispersées, rendues plus mouvantes par la démographie. Plus que jamais s’impose à chaque pays la nécessité d’adapter le nombre, le contenu et le contour de ses structures de sécurité. Chaque péril doit trouver sa parade, ses moyens, ses prélèvements sur l’économie générale.

La guerre économique dans laquelle nous sommes engagés aujourd’hui appelle des ripostes appropriées. Des questions éternelles subsistent. Les analogies guerrières abondent pour les poser. Combien d’hommes à nourrir et à protéger ? Combien d’entreprises sur « pied de guerre » ? Combien de travailleurs disponibles ? Combien de citoyens mobilisables ? Quelles sont leurs missions ? Quelles affectations leur donner ?

La France est riche de quelques douzaines de très grandes entreprises qui ont une place éminente dans l’économie nationale et internationale. Leur filiation complexe rend difficile d’en nommer les créateurs. Elles sont pour la plupart issues d’entreprises publiques elles-mêmes souvent héritières de nationalisations et dénationalisations successives. Elles ont assuré leur croissance par fusion, par internationalisation en s’ouvrant aux capitaux mondiaux, en mondialisant leur production, leur clientèle, leur recrutement. Elles s’optimisent en fonction d’objectifs qui leur sont propres. Elles tendent à devenir des empires financiers dont les préoccupations capitalistiques prennent le pas sur la technique, sur la production, sur les considérations humaines et environnementales.

Hormis les exceptions portées par des innovations fulgurantes, la création de très grandes entreprises résulte de grands projets, lents, incertains, initiés et soutenus par des états et/ou des puissances financières internationales. Leur processus de gestation et de croissance est lourd et peu reproductible. Les très grandes structures sont oublieuses de leurs origines et de ce qu’elles doivent à leur environnement. Elles se développent en phagocytant tout ce qui peut l’être, en asservissant les petites et moyennes entreprises qui les font vivre. Le nationalisme et l’internationalisme leur donnent des raisons d’être impérialistes. Leur impérium intérieur n’est guère justifiable.

Deux dérives risquent d’entacher leur légitimité et leur image : La tentation de devenir un état dans l’état, la soumission à un état impotent à force d’omnipotence. Le sens de la mesure et la prise en considération de l’intérêt national éviteraient à ces géants de sombrer dans l’esprit de système oublieux des hommes qui les servent et des territoires qui les accueillent.

Le processus de création d’emploi est étroitement lié au processus de création et d’évolution de la structure qui le porte. On ne peut donc pas compter sur les très grandes structures pour assurer des actions de création et de régulation à court terme.

Certes les grands systèmes sont de gros employeurs. Mais hors de rares périodes de forte évolution innovante, leur recrutement génère surtout des flux de renouvellement.

Certes les incitations gouvernementales favorisent leur recrutement. Mais la gestion de leur personnel est enserrée dans un système de statuts et de procédures qui favorisent la formation et la promotion internes mais risquent de replier l’entreprise sur elle-même. Aux plus hauts niveaux de la hiérarchie, les postes sont souvent pourvus par pantouflage et parachutage. Place est faite à des personnalités issues des « meilleures écoles », épanouies dans la haute administration, affinées en quelque « bon cabinet ministériel » mais qui, finalement, sont souvent bousculées par les alternances.

Dans les grandes maisons, les cheminées sont souvent bouchées vers le haut et doivent fumer sur les côtés.

Voilà prévenus les jeunes ambitieux ! Les belles espérances sont souvent ailleurs.

Pierre Auguste
Le 30 octobre 2013