La France rêve de farniente et de voyages. Il y a du boulot pour la remettre au travail.

Les publicitaires, qui sont experts pour pincer les cordes sensibles, n'ont pas tardé à s'en apercevoir. Tout le monde a pu voir et revoir ce patron, en costume sombre et mocassins, aller dans le sable, d'un pas mal assuré, chercher son « collaborateur » qui a oublié de rentrer de vacances et se prélasse sous les cocotiers. Images amusantes mais en « même temps » un brin pessimistes. Bien vu, bien joué.

Au moment où, dans les frimas septentrionaux, on élude les questions capitales de la définition des contenus de la formation professionnelle et de l'apprentissage de demain, on nous sert, à pleins seaux, la plage, le soleil et la mer.

 

Chacun sait que les prévisions sont difficiles et que Pierre Dac rajoute, « surtout quand elles concernent l'avenir ». Mais en matières d'exigences professionnelles l'avenir est déjà là, parfois depuis fort longtemps, et nous ne l'avons pas vu venir.

L'humanité est entrée résolument dans le millénaire de l'automatisation et de la robotique. Il se trouve pourtant chez nous des gens qui l'ignorent, d'autres qui veulent l'ignorer, d'autres qui s'y opposent, et d'autres encore qui militent pour l'abrutissement en son sens étymologique en prônant le maintien ou le retour de la société et de l'homme en leur conformation originelle, en leur état brut.

Des ignorants, des attardés, des réfractaires, et même des intellectuels patentés, ne savent pas encore que dès les années 1970, l'automatique, la cybernétique et la théorie des systèmes comptaient plus de divisions et de sous-division que la physique classique.

Il était bien normal que ces connaissances pénètrent progressivement la société par le haut en commençant par les savants, les enseignants, les ingénieurs. Mais nous n'en sommes plus en cette ère primaire. Nous en sommes aujourd'hui au stade des déferlements.

Des transports à la domotique, de la médecine à l'agriculture, de l'industrie à l'artisanat, des travaux publics aux travaux ménagers, de la communication à l'information, de l'administration à la vie courante en passant par la sécurité, tout tend à s'informatiser à s'automatiser, à se robotiser.

Tous ces matériels et logiciels, s'agrègent en systèmes de toutes tailles, de toutes finalités. Il faut les concevoir, en fabriquer les éléments, les assembler, assurer leur maintenance, approvisionner leurs composants...

Toutes ces longues chaînes hautement technologiques ne peuvent exister, produire leurs services, être disponibles, sans l'intervention d'opérateurs humains qui ne seront plus instruits avant d'être recrutés comme par le passé mais devront plus souvent être recrutés avant d'être instruits.

Et voilà que démarre une guerre de postures pour s'approprier ou conserver les mannes financières, les domaines d'influence, les zones de chalandises, qui préexistaient à niveaux embryonnaires et dont les nouveaux systèmes seraient les héritiers.

Confronté à la diversité des domaines d'activité, des tailles et des structures, des cultures d'entreprises, le patronat n'a pas les idées très claires sur l'avenir.

Les présidents de régions rêvent de constituer des principautés économiques, véritables états dans l'état jacobin, qui auraient la main sur tout, notamment sur la formation et l'apprentissage. Nous en avons notamment entendu l'un d'eux se projeter en constructeur de centres d'apprentissage.

Il semble que l'intéressé n'ait pas bien perçu le mouvement dans lequel est engagée la société technicienne. Les grandes institutions et les grandes entreprises ont tracé les chemins et les procédures qui, inéluctablement et progressivement, seront adoptées par les moyennes et les petites structure.

  • Le recrutement direct y précède les formations spécifiques dont la définition, l'exécution, le financement et le contrôle y sont pris en charge de manière autonome.

  • La complexité des systèmes interdit de dissocier enseignement théorique et manipulations pratiques sur le matériel. (Paramétrages, modélisations, simulations, maintenance, tests partiels, essais globaux,...)

  • Le nombre, la diversité et le coût des matériels et équipements nouveaux interdisent toute duplication et toute répartition aux fins d'instruction.

Il faut s'attendre à ce qu'il devienne toujours plus difficile de définir des troncs communs d'enseignement à dispenser dans les établissements scolaires et universitaires. Une part croissante de la formation professionnelle devra donc incomber aux entreprises.

Pour être copernicienne, la fameuse révolution annoncée devrait concerner l'idée que l'on se fait des lois de la nature. Elle doit être sociétale et ne peut reposer que sur des faits, encore des faits, toujours des faits. Il est notamment contraire à toute logique de vouloir obtenir « en même temps » l'autonomie et l'égalité des territoires par des mesures à effets différés.

Les parties prenantes en viendront à la raison et jetant aux orties toute doctrine.

Ami lecteur, ne t'étonne pas, je terminerai par un célèbre commencement. Amie lectrice, pardonne moi, je l'ai mis au goût du jour.

Bon appétit Mesdames ! Bon appétit Messieurs !

 

Pierre Auguste

Le 7 mars 2018